L'avenir est à nous

À l’annonce des réformes structurelles du marché du travail, d’ores et déjà appelée la « réforme Peeters », les travailleuses et travailleurs ont à nouveau eu le sentiment de recevoir une violente claque. Alors même que l’affaire Panama papers défrayait la chronique, le Gouvernement envoie un message cinglant en pleine figure des salariés de Belgique : se plier en quatre pour être au service de son employeur risque de devenir la norme dès le mois de janvier 2017. 
L’effet ne se fait pas attendre. S’emparant de la réforme pour l’expliquer en entreprises, les militants ACV-CSC METEA décident de rejoindre la manifestation des Jeunes-CSC et ACV-Jongeren du 20 avril 2016, à Bruxelles. L’action, qui a pour but de défendre l’emploi de qualité, la sécurité sociale et le refinancement des services publics, était préparée de longue date. Rallier le mouvement est primordial, pour exprimer clairement notre désaccord quant à cette réforme, bien loin de l’emploi de qualité. 
Tous les secteurs seront soumis à l’annualisation du temps de travail, avec des durées hebdomadaires et mensuelles ne pouvant respectivement pas dépasser 9 et 45 heures. Bien loin de la création d’emploi, comme promis depuis 2014, c’est d’ailleurs tout à fait l’inverse que l’on voit apparaître. Au lieu de partager le temps de travail, pour donner accès à l’emploi à un plus grand nombre et notamment aux jeunes, ce sont toujours les mêmes, et toujours plus âgés, qui devront se plier en quatre pour répondre aux exigences du patronat. Le collectif en prend aussi un coup, puisque c’est toujours davantage vers l’individualisation des droits que l’on se dirige avec les nouvelles réglementations. Cela n’est pas étonnant venant d’un Gouvernement de droite, et d’ailleurs, à en croire les représentants du cabinet Peeters, il y aurait de quoi remercier le CD&V car sans leur intervention, le reste des partis de la majorité aurait apporté des changements bien plus spectaculaires, et bien plus brutaux… 
Au fil de notre marche dans la manifestation, nous avons rencontré divers interlocuteurs, venant d’horizons bien différents. Tous étaient présents pour dire BASTA ! Tous se rendent compte de l’énorme cataclysme social dans lequel on s’embarque avec cette réforme Peeters. Tous demandent au gouvernement d’être juste, et d’aller chercher l’argent là où il est en masse : chez les fraudeurs fiscaux, par exemple… 
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Lahoucine, secrétaire ACV-CSC METEA au Brabant wallon 

"En Belgique, les jeunes n’ont plus de perspectives. Et avec les décisions du Gouvernement Michel, on ne leur ouvre pas l’horizon. Nous allons aller crier haut et fort que la jeunesse a besoin d’espoir pour son futur. Il y a un autre problème majeur, dans notre pays et partout ailleurs, c’est une aggravation du déséquilibre des richesses. Aujourd’hui, les richesses qui sont créées par les institutions et les entreprises ne sont pas réparties de manière équitable entre les gens qui les produisent et les actionnaires. Les grandes fortunes, de par leur possibilité d’échapper à l’impôt, ne contribuent pas à améliorer les services publics et le fonctionnement de la sécurité sociale, et en plus cela créé des trous dans le budget. Aujourd’hui, nous allons crier notre désapprobation par rapport à ce modèle de société et le besoin pressant d’une alternative." 

Bart, VOLVO TRUCKS, Oostakker 

"Il est surtout important d’être ici pour clairement faire comprendre au gouvernement que ça suffit de toujours s’en prendre aux travailleurs. Ce sentiment vit également dans notre entreprise où les travailleurs en ont vraiment marre. Marre d’être attaqués de toutes parts et maintenant sur la flexibilité. Je dois dire que dans notre entreprise nous avons de la flexibilité sur mesure pour répondre aux souhaits de l’entreprise et à la demande du marché. Mais encore augmenter la flexibilité sans concertation, ça va vraiment trop loin. Ils prétendent que la flexibilité est pour le bien des travailleurs. Le problème est que l’on présente la chose comme si les travailleurs allaient pouvoir choisir eux-mêmes quand ils pourront rester chez eux mais au boulot j’ai entendu que c’est notre supérieur qui va nous dire: “la semaine prochaine tu resteras chez toi un peu plus longtemps”. Les camions doivent être réparés, c’est un fait. Et ce sera certainement en fonction des besoins de l’entreprise. Voilà pourquoi nous disons: ne touchez pas à la flexibilité. Il y a suffisamment de flexibilité et nos accords en la matière nous permettent parfaitement d’effectuer la réparation des camions qui en ont besoin. 
Je trouve quand même regrettable que cette manif ne soit pas en front commun et c’est également l’avis des travailleurs dans mon entreprise. Ensemble nous sommes plus forts pour la lutte. Ensemble nous avons plus de poids". 

Ludovic Voet, responsable nationale des Jeunes-CSC 

"Près de 10 000 personnes étaient présentes à une action organisée par les Jeunes-CSC, en collaboration avec les organisations de jeunesse, les syndicats étudiants et le Conseil de la jeunesse. C’est un signal fort. Car au-delà de ces organisations, d’autres étaient présentes pour faire entendre leur voix : les femmes-CSC, le mouvement des sans-papiers, les travailleurs et travailleuses, sont venus revendiquer une sécurité sociale forte, un emploi et des services publics de qualité. On ne se focalise pas sur un projet de loi, mais sur le fait qu’il va totalement à l’encontre de notre projet de société. Cela dit, cette réforme fait peur aux jeunes. Ils se demandent comment ils pourront trouver un emploi alors que les plus âgés quittent leur travail de plus en plus tard. Si on peut s’adapter aux rythmes de production, on n’a plus besoin d’engager de nouvelles personnes… comment est-ce que le Gouvernement pense que cette nouvelle loi pourra résoudre le problème des jeunes au chômage ? La flexibilité apporte du bien-être aux entreprises et non aux travailleurs, comme veut le faire croire le cabinet Peeters. Combiner vie professionnelle et vie privée deviendra de plus en plus difficile et chacun sera à la merci de son employeur. On estime à 26 milliards la somme d’argent qui s’en va dans la fraude fiscale chaque année. Si on allait en rechercher même une petite partie, on pourrait à nouveau mener une bonne politique sociale. Mais notre Gouvernement ne veut pas prendre en compte les besoins sociaux de sa population, simplement pour être attractif pour les employeurs… sans avoir aucune garantie de loyauté de ceux-ci". 

Rudy, HANSEN, Edegem (Anvers) 

Nous sommes venus nombreux, car nous trouvons crucial d’être ici pour sauvegarder la semaine des 38 heures, à laquelle le Gouvernement veut s’attaquer: il y a longtemps nos grands-parents ont dû se battre pour l’obtenir alors il ne peut être question de la céder sans penser aux conséquences pour la vie familiale. Et puis aussi à cause de tous les efforts d’austérité qu’on nous demande alors qu’on ne demande rien aux plus fortunés. 

Pascal, militant ACV-CSC METEA, Fabricom, Brabant wallon et ses deux enfants Laetitia et Tristan, 16 ans tous les deux 

"Nous suivons notre papa en manifestation pour dire non aux 45 heures de travail par semaine et puis en tant que jeunes, nous avons peur pour notre futur… on ne sait pas si on va trouver du travail, et si on en trouve, on dirait bien qu’on va devoir travailler jusqu’à la fin de notre vie".
"Je parle souvent des problématiques syndicales à la maison, et mes enfants commencent à bien les connaître. Ils comprennent nos combats… Nous devons être solidaires, nous mettre tous ensemble, peut-être aussi montrer les dents pour être plus convaincants. Il faudrait que les médias présentent nos avancées, au lieu de nous présenter comme une organisation diabolique… Cela aurait un impact positif pour nos combats".

Maoro, militant ACV-CSC METEA, Thy-Marcinelle, Charleroi 

"La semaine des 45 heures, c’est impossible pour nous. On a un métier lourd, dans la sidérurgie, c’est déjà très pénible. La flexibilité est loin du bien-être des travailleurs. Les gens vont s’user. Ils ne pourront plus assurer leur travail et risquent en plus des problèmes physiques, de tomber dans la dépression. Les Gouvernements imposent toujours plus d’individualité, on a l’impression d’être dans une vraie dictature". 

Rudy, ATLAS COPCO, Anvers 

10 000 personnes se sont rassemblées ici pour manifester. C’est très bien mais il faudrait être encore beaucoup plus nombreux. C’est la première fois que nous repassons à l’action suite à toutes les nouvelles restrictions que va nous imposer le gouvernement. Il y a la semaine de 38 heures qu’ils veulent remettre en question et qu’ils veulent appliquer différemment. Et puis il y a eu les dernières déclarations du CD&V, notamment du ministre Peeters, qui prétend que nous vivons au-dessus de nos moyens et que nous allons bientôt en faire les frais par des mesures encore plus draconiennes. Ce sont toujours les mêmes qui trinquent, toujours les travailleurs. Et puis il y a les dossiers Panama dont on n’entend plus rien. Il s’agit là d’énormes montants mais personne ne songe les récupérer. C’est toujours Monsieur Toulemonde qui doit payer l’addition. Ce n’est plus acceptable. 
J’ai 55 ans et je suis délégué principal à la CSC depuis 30 ans. Ça suffit! Je viens manifester moins pour moi-même que pour les jeunes qui sont au début de leur vie professionnelle. On ne fait rien et le chômage ne fait que s’aggraver. On pourrait écrire tout un livre à ce sujet. Je trouve donc qu’il est indispensable que ce pays lance un signal clair à ses dirigeants. Et je veux parler de véritables actions, de grosses manifs pour qu’enfin les responsables politiques à Bruxelles comprenne ce qu’entend faire l’ouvrier et ce qu’il veut dans son entreprise. 

Blanche, permanente interprofessionnelle CSC Brabant wallon, Femmes-CSC 

"C’est important que les femmes-csc soient présentes sur cette manifestation, parce que d’abord les jeunes, c’est aussi des femmes, ensuite, ce sont majoritairement les femmes qui s’occupent des jeunes. Les mesures mises en place, que ce soit la suppression du chômage ou la diminution voire la suppression du complément chômage (AGR), par exemple. Tout cela touche les femmes, et pas uniquement la jeunesse. 
Que l’on m’explique comment une caissière, qui travaille depuis 30 ans, à mi-temps, mais qui a toujours demandé pour travailler temps plein, se retrouve exclue du chômage après 3 ans ! C’est honteux. Surtout qu’une caissière, à l’heure actuelle, a vraiment du mal à retrouver du boulot… 
Le Gouvernement parle d’accentuer la flexibilité. Mais le problème avec la flexibilité, c’est que quand les femmes la revendiquent, ça ne veut pas dire la même chose que quand c’est le gouvernement qui le revendique. Quand les femmes peuvent choisir leur horaire, qu’elles ont un vrai pouvoir sur leur agenda, elles sont demandeuses de plus de flexibilité. Mais le Gouvernement demande que l’on travaille plus, et à des horaires inconfortables. Dans ce cas, soit les femmes ne presteront pas ces heures inconfortables, soit elles le feront, mais au détriment de leur famille. Nous ce que l’on veut, c’est une autonomie économique et financière pour tous et pour toutes. Pour cela, il faut l’égalité et moins de flexibilité, mais plus des horaires qui s’adaptent à la vie actuelle".