Relance des laminoirs de Longtain


Depuis l’année 2012, ACV-CSC METEA porte ce dossier difficile. Procédures des réorganisations judiciaires successives, nombreuses séances devant les Tribunal de Commerce, des liquidateurs, des curateurs, un premier repreneur qui agissait comme un bandit, des occupations d’entreprise, de nombreux déplacements à Namur, des conférences de presse, des négociations interminables et de très nombreuses assemblées du personnel : la route fut longue, mais couronnée de succès, en bout de course. ACV-CSC METEA est fier d’avoir mené ce combat sans jamais baisser les bras. L’heure du nouveau départ est arrivée, avec une reprise des activités annoncée en février 2016. 
Isabelle Lemaire, journaliste à La Libre Belgique, est venue sur place pour entendre les travailleurs. Voici son article, paru hier, le mercredi 3 février, dans les colonnes du quotidien. 

Les Laminoirs de Longtain sont relancés 

La production a repris à Bois-d’Haine. Une fierté pour les travailleurs et le nouveau patron. 
Joseph, Patrick,Wesley, Ozkan, Renato, Saporito, Izzo,Giovanni, Fabrice, Alain, Frédéric, Laurent, Vito et Didier avaient le sourire, cemardimatin. Leur usine, les Laminoirs de Longtain, à Boisd’Haine, celle où ils travaillent depuis en moyenne trente ans, est en phase de relance, depuis lundi. Et les premiers tubes métalliques sont sortis de la ligne de production sous leurs yeux remplis de fierté. “C’est une énorme émotion quand la machine a été relancée. On a passé un an et demi dans la misère, à se demander si on allait retravailler. Alors, quand on appuie sur le bouton et que l’on voit la machine souder le tube, c’est émouvant”, confient ces ouvriers. 
Il faut dire que les Laminoirs, fondés en 1924 et qui, dans les années80 encore, employaient 800 personnes, ont bien failli s’éteindre pour toujours. Le précédent propriétaire, Stéphan Jourdain, qui avait racheté l’usine en2015 avec l’aide de la Région wallonne, n’a pas développé les activités industrielles. Après des péripéties judiciaires, un conflit social et une âpre négociation, Stéphan Jourdain a revendu les Laminoirs en octobre à l’homme d’affaires louviérois Joseph Fascella. Il n’a pu conserver que 19 emplois, sur les 36 de l’ère Jourdain. Alors, la joie du personnel repris est voilée par la tristesse d’avoir vu partir leurs camarades. 

La volonté de relancer 

Les ouvriers de Longtain vouent une entière confiance à Joseph Fascella. “A l’âge qu’il a (62 ans,NdlR), il aurait pu profiter de sa retraite avec sa femme. Il en a les moyens, il n’a pas besoin des Laminoirs. Mais il est là et il montre une réelle volonté de relancer l’activité”, disent-ils. Pour Stéphan Jourdain, par contre, ils n’ont que mépris et colère. “Ce qu’il nous a fait, c’est du jamais vu. Il reste propriétaire d’une partie du site (qui devrait être revendu à la Ville de La Louvière pour un projet de contournement routier, NdlR). Il aura sa propre entrée. Ça vaut mieux pour lui. Il ne sera pas le bienvenu ici”, glissent-ils, amers. 
Pour Joseph Fascella, le défi à relever est immense et un problème de taille a failli tout compromettre. Ces derniers mois, quand l’usine était à l’arrêt, elle a été dépouillée de son cuivre par des voleurs non identifiés. 

Un budget explosé 

Le préjudice était énorme: un million d’euros selon la première estimation, ramenée à 400000, finalement. “Car on a réussi à retrouver des armoires électriques pour remplacer certaines dont on avait volé les plaques de cuivre. Avec une facture d’un million, j’aurais dû renoncer au projet de reprise. J’ai explosé mon budget”, explique Joseph Fascella. Le démantèlement de l’installation électrique par les voleurs a postposé la relance des Laminoirs de plusieurs semaines. 
Le nouveau patron a remis sur pied une équipe de commerciaux, chargée de relancer les anciens clients et d’en chercher de nouveaux. Aux Laminoirs de Longtain, on fabrique des tubes métalliques qui servent à construire des engins agricoles, des véhicules, des containers d’habitation. Joseph Fascella espère une production de 20000 t par an. “Des produits d’une telle qualité, il n’y a que nous et les Autrichiens de Voestalpine pour en faire. Les premiers mois vont être difficiles car il faut regagner la confiance des clients. Mais la qualité des produits et des travailleurs est là”, lance Joseph Fascella. 

“Une commande vient de tomber!” 

Alors qu’il nous emmène à son bureau sur le coup de midi, une employée raccroche son téléphone et lui dit: “Une commande de 25t vient de tomber! Pour Bourges, en France.” Voilà qui est de bon augure. A l’entrée du site, sur le grand panneau affichant “Longtain”, un ouvrier avait ajouté “sans Jourdain”, au plus fort de la crise qui opposait les travailleurs à leur ancien patron. “Je vais le retirer maintenant”, glisse-t-il avec un grand sourire.
Photos : Johanne De Tessières - LLB, 3/2/2016