CATERPILLAR Gosselies

Les travailleurs de Caterpillar ont connu en 2013 un séisme social….1.665 pertes d’emploi (45% de l’effectif global) sans compter les nombreux sous-traitants …
Et maintenant, depuis le 2 septembre 8h50, les travailleurs de Caterpillar  vivent l'apocalypse… : la fermeture de leur entreprise, la perte de leur emploi. 
2.155 personnes directement concernées auxquelles il faut ajouter les co-traitants, sous-traitants, qu’ils soient producteurs de composants, actifs dans la maintenance, la logistique ou encore plus largement dans les services…..ce qui représente un désastre social et total de plus de 7.000 emplois et donc 7000 familles.
INDIGNATION, ECOEUREMENT, BRUTALITE, CYNISME, COMPORTEMENT ABJECT,…..je suis, nous sommes totalement  révoltés.
Lorsque vous rentriez chez Caterpillar, vous deviez tellement vous y sentir heureux que vous ne deviez plus éprouver la nécessité de vous syndiquer : « Caterpillar c’est votre famille », qu’ils disaient.
Au nom de la CSC et de ses centrales professionnelles concernées, je souhaite exprimer, ici et avant tout, notre soutien aux travailleurs de Caterpillar et à leurs familles. De même, ne les oublions pas, aux sous-traitants qui  subissent une réelle injustice. 
La CSC se tient au côté des travailleurs dans le combat pour sauver leur emploi et pour faire valoir leurs droits.
Au-delà de toute l’émotion qui nous étreint, il nous faut garder dignité et sang-froid. 
Mesdames, Messieurs les Parlementaires, nous vous remercions de votre invitation afin d’analyser l’ ensemble les conséquences et - surtout – à tirer les enseignements de cette fermeture.
Nous aurions préféré le faire AVANT le 2 septembre….
N’ y a-t-il pas eu tant de fermetures et restructurations d’entreprises industrielles ?   Qu’elles soient multinationales ou non ….RENAULT VILVOORDE, OPEL ANVERS, DUFERCO, FORD GENK, BEKAERT, ARCELORMITTAL LIEGE, DOOSAN et tant d’autres …moins médiatisées.
Mais soit, mieux vaut trop tard que jamais….
Quelques conséquences et enseignements…
  • Premièrement,  quelques observations sur le plan éthique  

Lors du conseil d’entreprise du 25 août, les travailleurs ont reçu des réponses à leurs questions d’ordre économique et financier… et rien ne laissait présager l’annonce de fermeture du site 8 jours plus tard. La direction leur a notamment présenté des prévisions de vente sur le marché européen en hausse. En mai dernier, la direction leur avait déjà soumis des indicateurs financiers très rassurants, avec notamment une rentabilité correcte malgré les transferts qui sont opérés vers la société-sœur de droit suisse (CATERPILLAR OVERSEAS SARL) pour laquelle elle réalise les prestations. 
Et que dire du groupe !!! qui malgré un chiffre d’affaires en baisse ne cesse d’augmenter les dividendes à destination de ses actionnaires.
  • Deuxième observation – la compétitivité - coût

Allons droit au but et revenons sur une des composantes de la compétitivité souvent évoquée : le coût salarial …..est-ce bien l’élément déterminant de la décision ?   NON …même la direction le reconnaît
La flexibilité ? Accroissement des cadences, travail du samedi, rappelable 7 jours 7, 24h sur 24H, accroissement de la productivité ? NON
La direction l’avoue : la décision résulte d’une surcapacité mondiale dont Gosselies fait les frais.
Parlons des réductions de cotisations patronales et du tax-shift destinés à nous rendre plus compétitifs que nos voisins…..à votre avis c’est également une raison? 
…car le voisin français de Grenoble, c’est lui qui bénéficiera d’une partie de l’activité réalisée (chargeuses sur pneus de taille moyenne) à Gosselies. 
  • Autre observation et élément de la compétitivité : la fiscalité 

Caterpillar Belgium a payé sur les 5 derniers exercices 22,6 millions € d’impôt sur un résultat brut cumulé de 93 millions d’€….soit un taux d’imposition moyen de 24 %....
Caterpillar Group Services, le centre financier interne du groupe, enregistre un taux d’imposition moyen de 6 % sur la même période.
Les 2 entités ont bénéficié abondamment des intérêts notionnels.
Vous croyez sincèrement qu’une fiscalité attractive a permis de pérenniser le site de Gosselies ?
Et les aides publiques ? sont-elles utiles ?
Et je pourrais continuer à citer le coût de l’énergie trop élevé ou d’autres éléments de la compétitivité mais les raisons de la fermeture, vous le savez bien, sont logées ailleurs. 
  • Au-delà des considérations financières du groupe cherchant à réduire ses coûts opérationnels de 1,5 milliards $ par an, tel qu’annoncé en septembre 2015 , …une des raisons majeures qui conduit  à la fermeture est à chercher dans les orientations stratégiques décidées par le groupe Caterpillar en 2013 : en effet le groupe a limité le marché de Gosselies à la seule Europe. 
Un de nos délégués syndicaux avait déclaré en 2013 --- je cite :
«  ...en limitant l’implantation de Gosselies au marché européen, le plan de la direction aura pour conséquence une fermeture totale actée dans 2 ans ».
  • Il avait malheureusement vu juste…et c’est l’objet de notre prochaine observation : l’Europe

Une Europe qui est enlisée dans ses dogmes d’équilibre budgétaire (et donc de rigueur, voire d’austérité) et qui ne favorise pas les grands investissements publics dont auraient pu bénéficier le site de Gosselies et les 7.000 travailleurs.  Ce carcan budgétaire imposé ne mène qu’à une destruction de valeur. Et ce n’est pas le plan Juncker, largement insuffisant, qui permet d’inverser la tendance.
  • L’Europe encore, sans vision et sans véritable politique industrielle...

Au niveau de notre centrale, ACV CSC METEA, nous plaidons depuis de nombreuses années pour le déploiement d’une véritable politique industrielle créatrice de valeur. Le syndicat européen de notre secteur industriel, IndustriAll, partage largement notre position.
Il ne suffit pas de s’assigner des objectifs chiffrés mais de mettre en œuvre les moyens de ses ambitions.
Pensez-vous réellement que l’industrie peut atteindre 20 % du PIB, comme défini dans la stratégie Europe 2020, sans changer de cap politique - et ce - à tous les niveaux de pouvoir ?
  • Encore l’Europe…

Une politique industrielle digne de ce nom suppose que l’Europe ne soit pas naïve. Face à des multinationales et entreprises localisées dans des pays ne respectant pas les mêmes normes (économiques, sociales et environnementales), l’Europe se doit de protéger son Industrie et ses travailleurs.
Ainsi, le choix d’une norme environnementale non rendue obligatoire (TIER 4) a précipité Caterpillar Gosselies. 
  • Observation suivante : la région de Charleroi mise à mal par la fermeture du site de Gosselies.

Heureusement, après la fermeture des charbonnages, de nombreux sites sidérurgiques et d’entreprises du secteur verrier, le pays de Charleroi n’a pas attendu pour se redéployer autour notamment de l’aéronautique, du secteur biotechnologique et de l’aéroport.
Mais la fermeture annoncée de Caterpillar Gosselies est un coup terrible porté à ce nouveau processus de réindustrialisation. 
Nous demandons aux pouvoirs publics d’étudier toutes les pistes possibles pour maintenir un maximum d’activité sur le site
Nous appelons également à un soutien massif public visant à intensifier et accélérer le redéploiement indispensable pour les travailleurs qualifiés et non qualifiés qui perdront leur emploi.  
Egalement, insistons sur le fait que les 98 hectares du site doivent servir à cet objectif de (ré-)industrialisation.
  • Enfin, dernière observation : l’annonce de vendredi dernier alors que les dirigeants locaux connaissaient cette triste nouvelle depuis 7 jours -et les dirigeants mondiaux avaient sans doute acté l’issue du site depuis plusieurs mois- démontre que la loi Renault a atteint ses limites. 
Comme constaté chez ArcelorMittal ou Ford Genk et d’autres …les intentions de fermeture sont  purement formelles….. et rendent cette loi Renault inappropriée…voire hypocrite.
Q : Permet-elle bien aux travailleurs et aux dirigeants politiques que vous êtes d’anticiper et de formuler de véritables alternatives ?

Q : Dans le cadre des licenciements collectifs, n’avons-nous pas à apprendre et le cas échéant à intégrer dans notre législation ce qui se passe chez nos voisins allemands, hollandais ou français ?
 

En guise de conclusion et j’en terminerai là : 


L’émotion de l’annonce de la fermeture de Caterpillar Gosselies et des 7000 potentielles pertes d’emploi nous a rassemblé aujourd’hui ici. 

Caterpillar est un symbole supplémentaire du processus de désindustrialisation que nous subissons depuis des décennies.

Il nous, il vous faut explorer toutes les pistes au maintien et au développement d’activité industrielle sur le site

Des décisions importantes doivent être prises afin d’œuvrer à la réindustrialisation de Charleroi mais aussi et  très certainement de Toutes les régions de notre pays. 

Et ce n’est pas la course au moins-disant fiscal et social qui permettra d’ancrer durablement les entreprises manufacturières sur notre territoire. 

Il en va de la valeur ajoutée de notre pays…

Il en va surtout, de l’emploi de nos travailleurs …et futurs travailleurs.